Archive pour décembre, 2009

Nouveau Départ

11 décembre, 2009

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Le train se déploie tout au long du quai en attente du signal du départ,

les voyageurs s’activent à la recherche de leurs places, les au revoir et les adieux s’échangent dans l’émotion, les rires, la promesse d’une carte postale ou d’un coup de fil atténue le léger pincement au coeur du départ.

Sur le quai la petite dame, son sac de voyage à la main, à son tour trottine vers le wagon qui lui est dévolu.

Elle part seule vers un point d’interrogation, à l’arrivée on viendra la chercher, ici commencera son avenir.

Elle est devant son wagon, d’un air préocccupé, elle laisse errer son regard au début du quai, se décide et commence a monter.

Mamie, mamie je suis là !!!

La petite dame a un sourire radieux, sa petite fille Charlotte est devant elle, elle la serre dans ses bras avant de partir   » bon voyage mamie ne t’inquiète pas l’on se retrouvera bientôt, heureuse la petite dame s’installe à sa place, elle part l’âme sereine.

Il y a peu de monde dans le wagon, son sac près d’elle la petite dame laisse libre cours à ses pensées, voila la page est tournée. les yeux clos elle revoit devant sa maison, les paquets, les caisses, les cartons, quelques petits meubles. Enfin tout ce qu’elle possède attend sur le trottoir les hommes qui les rangeront soigneusement dans le camion de déménagement.

Bien sûre pense t-elle, je vais vers une autre vie, une autre maison. J’étais heureuse heureuse ici,  j’ai eu l’impression que les mûrs voulaient me retenir avec leurs souvenirs, les rires des enfants, la joie qui nous entourait.

Allons ! Ouvre les yeux, regarde par la  fenêtre défiler le paysage, tu ne pouvais pas rester seule chez toi, pense à l’avenir les regrets ne sont pas éternels. Courage ne verse pas dans la mélancolie. 

Le train file à travers la campagne encore endormie, les champs, il rase les bois, enjambe une rivière, salut d’un  » tut tut «  retentissant les vaches qui le regardent passer.

Le doux  balancement  de sa cadence berce la petite dame, les souvenirs viennent l’assaillir.   

Quelques années en arrière, elle s’occupait de Charlotte et Nathan deux bons petits diables, toujours a se chamailler, se quereller.

Dans la voiture elle n’aimait pas les entendre se disputer dans son dos pendant qu’elle conduisait  : Ca suffit vous entendez ! Chantez-moi une chanson, de bon coeur ils entonnaient allêgrement les chansons de l’école.

Une chose l’avait toujours surprise, lorsque l’un ou l’autre ne se pressait pas d’obéir elle les menaçait  : je compte jusqu’à trois, elle attendait quelques secondes, prenait un air sévère et sérieux les prévenait attention : un, deux, deux et demi, deux trois quart. Ils la regardaient attentif à son expression, puis sentant le moment fatidique arriver rapidement ils obéissaient. Elle n’avait proféré aucune réelle menace, elle s’était souvent demandée…Si, ils étaient passés outre qu’aurait-elle fait ? Un sourire fleurit sur ses lèvres.. là est le mystère….

Nathan, petit, enjolivait la prononciation, tu vois mamie la ru jaune, c’est par là que tu tournes, la rue jaune ?  je ne vois pas de jaune ! Mais si regarde et il  lui montrait une grue de travaux d’un très beau jaune.

Très  souvent  elle les emmenait, partout ou il y avait un centre d’intérêt, crapahuter sur les rochers avec la peur qu’ils ne tombent et se cassent le cou, rendre visite aux chevaux les mains pleines de pain et de carottes. A la ferme, c’était un vrai bonheur à la période des naissances au printemps, de voir les petits chevreaux, cabrioler dans l’enclos construit pour eux

Le soir fatigués, quand ils étaient dans leurs lits, elle chantonnait   » une chanson douce que me chantait ma maman  » Elle voyait leurs yeux briller de malice, ils attendaient au tournant l’instant ou régulièrement sa voix déraillait, alors les rires fusaient joyeux, heureux. C’était un rite avant de sombrer dans le sommeil.

Mais tout a une fin, les petits sont devenus des Ados, de vrais courants d’air,  les copains, les sorties, les études les accaparent. Les enfants grandissent si vite, mais c’est merveilleux de les voir s’épanouir.

Une secousse, le train entre en gare, le voyage a semblé très court à la petite dame perdue dans ses pensées, elle a vue à travers le paysage ses souvenirs.

Le train s’arrête, elle se lève prend son sac de voyage s’avance lentement vers la porte du compartiment.

Le pied sur la première marche une bouffée de joie l’inonde, elle pose sa main sur sa poitrine, son coeur bat à un rythme fou.

Sur le quai en bas des marches, ils sont là lui souriant, ses enfants et petits enfants, ils sont venus l’accueillir.

La petite dame continue avec précaution de descendre les marches du train,  elle a confiance et s’abandonne aux mains qui se tendent pour l’aider a mettre un pied dans son nouveau destin.

                                                 ETHANE.