Archive pour avril, 2008

MIRAGE

1 avril, 2008

 Felouque sur le Nil

Les deux adolescents main dans la main, contemplaient l’océan dans son immensité qui s’étendait devant eux au-dessus de leurs têtes, le ciel était encore plombé de gris. On apercevait par ici par-là quelques zones bleu pale, une lumière dorée un peu livide se dévoilait.

Les vagues couronnées d’écume blanche, par ricochets venaient mourir à leurs pieds.  » Allons vers le port Olivier suggéra Elodie, le bateau de papa y est ancré, ce n’est pas un paquebot mais un beau petit voilier, nous pourrons visiter l’intérieur. »

Olivier et Elodie regardaient le bateau, ses voiles légères claquaient doucement gonflées par le souffle de la brise qui maintenant réveillait le port encore désert.

Les bruits de tous les jours se faisaient plus distincts. Les cris d’une mouette, la vague se heurtant contre le mur de la digue, la vie reprenait ses droits avec son cortège d’agitations, de senteurs, de couleurs.

Tous deux voulaient profiter des instants magiques qui encore leurs donnaient le sentiment d’être seuls au monde.

Elodie, de la pointe de sa chaussure faisait rouler les galets en direction de l’eau, son regard fut soudain attiré par une petite pierre plate, ovale, de couleur bleue, avec en son centre une légère ligne blanche.

Elodie regardait la pierre et la pierre la regardait aussi, intriguée elle se baisse et la ramasse. Dans le creux de sa main ouverte comme dans un nid le petit caillou reposait. << regarde ma trouvaille !! >>Olivier prit la main d’Elodie, mais au moment où il passait son doigt sur la pierre un phénomène surgit.

Le port, les bateaux, les mouettes, les prémices d’agitation de la nouvelle journée s’éveillant, tout avait disparu.

Ils se retrouvaient sur une haute dune de sable brûlant couleur d’ambre.

Ahuris et effrayés se demandant ce qui leur était arrivé, ils se rapprochaient l’un de l’autre, le mieux était de descendre de cette colline. c’est à vive allure qu’ils s’élancérent, pour limiter la brûlure du sable sous leurs pieds. Ils arrivèrent au bas de la colline émerveillés par la beauté du site.

Sous leurs yeux, majestueux, un fleuve très large s’écoulait entre deux rives totalement différentes.

La rive où ils se trouvaient n’était que monts arides, blocs rocheux avec quelques touffes d’herbes rabougries.

Des enfants gardaient des chèvres broutant ces maigres pitances.

L’autre rive par contre étalait une végétation luxuriante. Les arbres : palmiers, oliviers, pommiers, eucalyptus poussaient dans un désordre verdoyant. Des papyrus très hauts et drus se balançaient au souffle d’un vent chaud, et profitaient des débordements du fleuve, affichant un vert éclatant. L’air était empli des senteurs des magnolias, des mimosas sauvages, des hibiscus et autres variétés tout aussi colorées.

Les jeunes gens restaient muets devant tant de beauté. Le Nil fleuve sacré, sans se soucier des regards étonnés du couple poursuivait son chemin. Des îlots de verdure abritaient des oiseaux de toutes sortes tels : tourterelles, colibris, têtes huppées, ibis, moineaux, des martinets, des petits perroquets, de jolis papillons multicolores virevoltaient sur les fleurs.

Soudain, sur le Nil quelques felouques voiles déployées au vent précédaient et escortaient un vaisseau royal. Sa proue était ornée de la déesse Hathor en bois doré portant le disque solaire entre ses cornes. Souveraine des étoiles, elle était celle qui par sa vigilance garantissait un voyage paisible, elle était la maîtresse de la navigation.

L’immense voile se gonflait activé par le souffle du vent. Sur la nef royale, un couple mains unies se tenait sous un voile blanc tendu sur quatre piquets, à la poupe. A leurs pieds un énorme lion somnolait, à son côté, calé contre lui un vieux chien jaune dormait. Veilleur, c’était son nom se savait protégé par le lion Massacreur !

L’homme était d’une belle stature, une lourde coiffe ornée d’un cobra couvrait sa tête. La femme prés de lui, vêtue d’une longue robe de lin blanc, était très belle, rayonnante. Ses yeux bleu-vert avaient la profondeur des eaux célestes. Un collier paraît son cou, à ses bras des bracelets garnis de lapis-l’azulites. L’homme fit signe aux  jeunes gens de monter sur le bateau, ils obéirent à cet inconnu qui dégageait une aura de chef.

Je suis Ramsès II le maître de la haute et basse Egypte, voici la grande épouse royale, ma bien aimée Néfertari. Nous voguons jusqu’à  Abou Simbel.  << Vous étes nos invités.>>

Abou Simbel dont les deux temples célèbrent depuis plusieurs siècles l’union de Ramsès et de Néfertari.

Olivier et Elodie admiraient au centre du bateau une cabine au toit bombé, appuyé sur deux colonnes à chapiteaux en forme de papyrus à l’arrière et de lotus à l’avant. Des ouvertures permettaient à l’air de circuler.

Le voyage s’effectua sans heurt, chacun contemplait la Nubie splendide et sauvage. Cet endroit qui n’était qu’un point de repérage pour les marins s’était transfiguré en un lieu ou l’esprit brillait immobile, immuable dans l’or brûlant du désert Nubien, la roche sous la main inspirée de l’architecte, puis du sculpteur avait agi, transformant la montagne rocheuse en deux temples creusés en son coeur, dévoilés par des façades. Devant le sanctuaire du sud quatre statues de Ramsès assis hautes de vingt mètres, devant celui du nord, des colosses de pharaons debout et marchant encadraient une Néfertari haute de dix mètres.

<< Abou Simbel est désormais l'expression de l'amour qui unit à travers le temps : pharaon à la grande épouse royale, confia Ramsès à ses invités <<  pour Néfertari  j'ai érigé un temple creusé dans la montagne pure de Nubie en belles pierres de grès roses qui vivront à jamais, baignées par cet amour.>>

Olivier et Elodie, très émus subissaient le charme merveilleux de ces splendeurs. Depuis quelques instants cette dernière regardait le bracelet qui enserrait le bras de Néfertari, elle adressa un signe discret à Olivier et effleura légèrement la pierre.

Le désert Nubien, les temples d’Abou Simbel le couple royal, tout avait disparu. Ils se retrouvaient sur le petit port devant le voilier. La pierre était toujours dans la main d’Elodie.

Que s’était-il passé ??   La pierre avait fait mémoire entre le passé et le présent, avaient-ils été transportés d’un pays à un autre par la force de leur inconscient.

Le mystère planera très longtemps sur leurs vies. Ce n’était qu’un mirage qui leur avait insufflé la force d’un amour, celui de Ramsès et de son épouse Néfertari. Amour qui perdurait à travers les siècles dans le désert de Nubie.

 ETHANE

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